Heureusement, les bonnes idées sont aussi contagieuses.. Retour sur le projet ReAl avec le CPAS d’Ixelles


Aujourd’hui, nous n’entendons parler partout que d’une chose. Mais avant la crise sanitaire, un autre virus était en pleine expansion et cette contagion-là était plutôt de bonne augure ! Cette épidémie positive, on l’attendait depuis longtemps. Elle soigne un des fléaux les plus désolants de notre époque : le gaspillage.



Quelques chiffres tirés du rapport de la FAO donnent une bonne idée de l’ampleur de la catastrophe (http://www.fao.org/news/story/fr/item/196443/icode/) :
- Le volume mondial de gaspillages et pertes alimentaires est estimé à 1,6 milliard de tonnes d’équivalents produits de base. Les gaspillages totaux pour la partie comestible s’élèvent à 1,3 milliard de tonnes.
- De même, 1,4 milliard d’hectares de terres - soit 28 pour cent des superficies agricoles du monde - servent annuellement à produire de la nourriture perdue ou gaspillée.
- Les conséquences économiques directes du gaspillage alimentaire (à l’exclusion du poisson et des fruits de mer) sont de l’ordre de 750 milliards de dollars par an.
- …


Un problème de grande ampleur donc ! Et cette contagion de bonne augure, cette épidémie positive, il s’agit bien du virus de la récup !


Il y a peu de temps encore, le fait de récupérer des aliments qui étaient destinés à la poubelle (avec ou sans raison) était difficilement concevable par la plupart des gens. Le déchétarisme, glanage alimentaire ou trésordure était réservé aux SDF ou à quelques illuminé.es en marge mais certainement pas à des gens « normaux ».


Petit à petit, les consciences se sont réveillées face à cette aberration et, si nous sommes très loin d’avoir réglé le problème, on peut néanmoins noter un changement dans les mentalités. Aujourd’hui, récupérer des invendus n’est plus quelque chose d’« anormal », c’est même plutôt bien vu. Le nombre de projets a donc explosé et, dans chaque commune, des groupes sont à l’œuvre et on entreprit une croisade contre le gaspillage.


Il y a de cela presque trois ans, Rencontre des Continents a démarré un cycle de réflexion sur l’alimentation par le biais d’ateliers cuisine au CPAS d’Ixelles. Le projet, on vous en a déjà parlé, a tellement bien fonctionné qu’après trois mois, nous avons doublé la fréquence de ces ateliers. Les participant.e.s ont, pour la plupart, été très réguliers/régulières et ont fait preuve d’un aussi grand intérêt pour les réflexions autour de l’alimentation que pour la découverte d’autres techniques de cuisine.


Une petite dizaine de personnes ont été extrêmement régulières durant ces ateliers. Il y a un an et demi, nous avons tout doucement évoqué le fait que le groupe pourrait « passer à la vitesse supérieure », qu’il pourrait passer de consommateur d’activité à générateur d’activités… L’idée a mûri et, il y a un an, le noyau dur des ateliers cuisine a décidé de se lancer et de monter un projet : le projet ReAl pour Récuparation Alimentaire (lisez « real » comme réalité en anglais plutôt que comme Real de Madrid !)


Le nom est intéressant car il met en avant le fait que la récupération d’invendus fait effectivement partie de notre réalité. Ce n’est plus quelque chose qui ne touche que les personnes marginalisées et les laissé.es pour compte, mais c’est bien devenu une question que nous devons toutes et tous prendre en main pour cheminer vers une société cohérente.


Le projet ReAl vise à récupérer des denrées invendues dans les petits commerces d’Ixelles en privilégiant les structures qui favorisent les produits locaux et biologiques. Le groupe est composé de personnes qui sont allocataires sociaux ou sont à la retraite. Les aliments récupérés seront donc redistribués directement dans le groupe pour être consommés.


Par un heureux hasard de circonstances, le groupe a croisé le chemin d’Amélia Ribeiro qui travaille pour le collectif IPE et qui nous a encouragé à rentrer un projet Good Food, « Inspirons le quartier » pour demander du soutien.


En septembre 2019, nous avons eu notre première réunion avec Amélia et durant deux mois, nous avons travaillé à la constitution d’un dossier de demande de subvention qui a été rendu fin 2019.


Début de l’année, nous avons eu une bonne nouvelle puisque notre projet est accepté. Le groupe s’est vu octroyer un budget de 2300 euros pour investir dans du matériel de récupération, de communication et, surtout, de l’accompagnement de projet pour faire en sorte que cette aventure de l’anti-gaspi puisse être longue et pérenne.


Bonne chance donc et, si nous devons nous protéger d’une contagion pour l’instant, apprêtons-nous, lorsque cette période de confinement sera un souvenir, à encourager le virus de la récup !


par Cédric Hellemans, animateur à Rencontre des Continents

Retour sur le projet ReAl avec le CPAS d'Ixelles

juillet 2020 :

juin 2020 | août 2020

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